Interview Vincent Grégoire
« En fondant la Capella Henry Du Mont, j’avais plusieurs idées en tête. Je voulais bien sûr avant tout pratiquer une musique que j’aime, et la partager avec d’autres. Je voulais aussi que cela se passe à Liège, une ville pleine d’endroits extraordinaires pour faire cette musique, endroits malheureusement pas souvent ouverts (dans les deux sens du terme…) ou disponibles, et aussi une ville pleine de talents.
J’ai toujours pensé qu’il y avait chez nous assez de bons chanteurs pour faire un chœur de niveau professionnel. La Flandre ne compte pas moins d’une dizaine d’ensembles vocaux professionnels, alors que la Wallonie se contente du seul Chœur de Namur. Chaque ville française de moyenne envergure a son ensemble vocal professionnel, les liégeois ont le droit d’en avoir un aussi !
L’enthousiasme que j’ai rencontré de la part des chanteurs et du public me montre d’ailleurs que j’avais raison. En peu de temps, l’ensemble a fait un bond qualitatif énorme. De jeunes chanteurs professionnels sont demandeurs pour chanter avec nous, et je crois que je peux dire que le public sort enchanté des concerts qu’il entend. Cela est dû à plusieurs facteurs. J’attache une énorme importance au travail du texte, et je veux un son très précis. Les chanteurs sont sélectionnés en fonction de ces critères. Ensuite, l’exigence solfégique, tres grande, permet d’aborder des musiques tres difficiles et magnifiques comme les vêpres de Monteverdi ou un motet de Bach. Je fais aussi beaucoup de recherche en bibliothèque. Certaines pièces sont ainsi des « premières mondiales » depuis le 17e siècle ! Le projet « Midis Baroques » a permis également de rôder l’ensemble en travaillant un programme différent chaque mois, ce que peu d’ensembles professionnels peuvent se permettre de faire. Pour l’instant les moyens financiers ne suivent pas encore et on fait tout avec un petit subside de la Province. A ce niveau, chaque concert est un tour de force d’organisation et d’imagination ! cela demande des journées entières de travail bénévole, on pourrait presque comparer ça à une mini entreprise. Je n’y arriverais pas sans l’équipe qui est derrière…
Vincent Grégoire